Les clichés allemands au service de la châsse de Sainte-Gertrude à Nivelles

Les clichés allemands sont une source d’une richesse inouïe pour tout historien ou amateur  d’art, car ils les aident à rendre compte du passé aujourd’hui disparu. C’est le cas de la châsse de sainte Gertrude, à Nivelles, considéré comme une des plus prestigieuses châsses issues du gothique rayonnant.

Cette châsse conserve les reliques de sainte Gertrude, première abbesse de l’abbaye de Nivelles, née vers 626 et décédée en 659. Ce reliquaire, en argent doré, avait été commandé le 18 septembre 1272 par le chapitre pour remplacer une ancienne châsse contenant le corps de la sainte. Cette commande est bien documentée, une transcription du texte du contrat ayant été conservée. Ainsi, il est certain que la châsse a été exécutée par l’orfèvre Colard de Douai. La châsse se présentait comme une cathédrale gothique en miniature, décorée de pierreries et d’émaux cloisonnés or, et est considérée comme un chef-d’œuvre d’orfèvrerie.

Mais le 14 mai 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale, le centre de Nivelles est bombardé. La collégiale ne fait pas exception, et son incendie engendre une destruction très conséquente de la châsse du XIIIe siècle, sous l’effet de la chaleur. Plus de la moitié de la châsse est ainsi perdue. C’est dans ce cadre que les clichés allemands révèlent toute leur valeur documentaire. En effet, ceux-ci ont immortalisé les côtés de la châsse avant sa destruction.

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Anonyme, Châsse de Sainte-Gertrude, Nivelles, 1917-1918 © KIK-IRPA, Bruxelles, B020138.

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Anonyme, Châsse de Sainte-Gertrude, Nivelles, 1917-1918 © KIK-IRPA, Bruxelles, B020139.

C’est donc un témoignage précieux, qui permet de reconstituer de façon certaine l’aspect de cette châsse, notamment au niveau des décors. Cela permet de rendre compte du programme iconographique de l’œuvre, différent de celui d’origine documenté dans le contrat, mais également de la technique et du style de celle-ci. Remarquons qu’un moulage de la châsse, réalisé en 1893 dans les ateliers des Musées royaux d’Art et d’Histoire existe, mais les clichés présentent l’avantage de montrer également l’aspect et les jeux de matière originels.  Nous pouvons donc bien nous rendre compte du grand intérêt que peuvent avoir les clichés allemands pour les œuvres et bâtiments abimés ou détruits. C’est d’autant plus important ici qu’il s’agissait d’un objet d’une grande qualité artistique, dont il est primordial de garder une trace dans l’histoire de l’art.

Cependant, malgré les possibilités de reconstruction à l’identique, le parti a été pris de réaliser une nouvelle châsse. Ainsi, la châsse contemporaine date de 1978 et a été réalisée par Félix Roulin, qui a intégré des fragments de la châsse détruite dans la nouvelle. Cette châsse est celle utilisée lors du « Tour Sainte Gertrude », une marche processionnelle.

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Félix Roulin, Châsse moderne de Sainte-Gertrude, Nivelles, 1994 © KIK-IRPA, Bruxelles, G005034.

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